Monstro / Collectif sous le Manteau - La figure du monstre dans le cirque

Monstro / Collectif sous le Manteau - La figure du monstre dans le cirque

«Quelles que soient les civilisations, les monstres ont permis à l’humanité de s’interroger sur sa propre nature et ses frontières avec l’animalité.» (Yvanne Chenouf Les monstres, le bruit de fond de la nature )

 

Le Monstre est une grande figure littéraire et philosophique, qui a permis et permet encore aux hommes de s’interroger sur la frontière entre notre humanité et notre animalité.

Dans toute société en effet il existe des monstres dont il ne faut pas s’approcher. Ils présentent toujours une forme hybride entre les genres. Tout le monde connait le loup-garou, avec ses particularités régionales, comme par exemple la bête du Gévaudan. Mais on trouve également des sorcières dans le monde entier, avec ses particularismes (la Baba Yaga par exemple en Europe de l’Est).

 

Le loup-garou (Le loup-garou , lupo mannaro) gravure d’apres une peinture de Maurice Sand. Gravure de 1857.
Crédits : ©Bianchetti/leemage – AFP

Dans l’émission « Le visage vert ou la gazette des ombres » sur France Culture, on peut réécouter l’émission du 12/12/2016 consacré aux loups-garous.

Le monstre a surtout une fonction psychanalytique, il révèle la peur de notre propre moi et de toutes ses formes de déviances. Le monstre est l’émanation des pulsions que l’humanité refoule et en cela il est un objet d’étude à part entière. Notre part de monstruosité a été étudiée et mise en lumière depuis la fin du 19e siècle.

Le monstre est aussi et parfois utilisé de manière politique. Il est un outil de propagande et de stigmatisation. Il a permis à certains régimes de caricaturer une certaine catégorie de la population afin d’entretenir la peur de l’autre. L’autre devient le monstre d’une société donnée. Les caricatures faites sur les juifs pendant tout le début du 20e siècle peuvent en attester.

 

Le monstre tel que nous le décrivons, c’est-à-dire catharsis de nos pulsions sociétales, a souvent été révélé par l’art et la littérature. Les grands monstres extérieurs, sont mis en exergue et sublimés par les écrivains. Cela peut servir de psychanalyse pour les enfants et de guide de comportement face aux monstres qui nous entourent (les Contes de Grimm en sont l’exemple même – on y retrouve la sorcière de Blanche Neige, le loup du petit Chaperon rouge, etc). Sur cette gravure de Gustave Doré, on voit bien le double sens du loup, très évocateur, et qui est à l’intérieur même du foyer.

 

Le Petit Chaperon Rouge avec le loup, gravure de Gustave Doré – 1832

Nous en trouvons beaucoup d’exemples également dans la littérature antique ou religieuse. C’est le cas du Minotaure, de Cerbère, des gargouilles, du dragon face à Saint-Michel, etc.

Il est un personnage privilégié de la littérature dite fantastique comme le Horla de Maupassant (monstre invisible qui conduit le narrateur à brûler sa propre maison, c’est l’image même de la folie intérieure qui est représentée) ou la célèbre peinture du Cri de Munch, image de notre être souffrant.

 

 

Edvard Munch, Le cri, 1893

 

 

 

La figure du Monstre dans le Cirque

Un thème privilégié et moyen de dépassement du cirque traditionnel

 

La figure du monstre dans le cirque est un thème très souvent utilisé. En référence au cirque traditionnel d’abord, puisque très souvent le cirque et les artistes ont été associées à des bêtes de foire monstrueuses destinées d’ailleurs à la monstration devant un public (la femme à barbe, etc). Dans le spectacle Bêtes de Foire de la compagnie Petit Théâtre de geste, justement, nous retrouvons une référence à cette histoire du cirque.

Bêtes de Foire – Cie Petit théâtre de gestes
@Lionel Pesqué
La frontière entre l’homme et le monstre est floue

 

Le monstre est ainsi pour les circassiens contemporains une manière de dénoncer le traitement de l’artiste de cirque dans le cirque traditionnel à l’époque. Il affirme la place de l’artiste en tant que créateur et l’affranchi de sa condition première. C’est ce qu’exprime clairement la compagnie MPTA dans son nom même. MPTA sonne comme un manifeste, cela signifie « Les Mains, les Pieds et la Tête Aussi », souhaitant clairement dire que l’artiste de cirque pense et n’est pas simplement un corps sur patte, destiné à être exposé au public.

L’artiste de cirque utilise donc la figure du monstre en contrepied, pour mieux affirmer son humanité.

 

Outre une dénonciation sous-jacente du cirque traditionnel, la figure du monstre est une esthétique à part entière, figure de l’art dont se sont emparés les artistes.

Les Colporteurs, dans le spectacle Sous la toile de Jheronimus, évoquent le monstre tel qu’il est dépeint dans la peinture des enfers de Jérôme Bosch.

Le Bestiaire d’Hichem de la compagnie Bal / Jeanne Mordoj, rappelle la frontière poreuse entre l’homme et l’animal.

Phia Ménard, dans tous ses spectacles, interroge la question psychanalytique comme évoquée plus haut du monstre intérieur et de nos propres démons.

 

Le Bestiaire d’Hichem – Cie Bal / Jeanne Mordoj
©Géraldine Aresteanu

 

Vortex – Phia Ménard / Cie Non Nova
©Jean-Luc Beaujault

 

Monstro, du Collectif sous le Manteau, s’insère donc dans une tradition sur le sujet du monstre. Mais pour parler cette fois, grâce à un agrès spécifique, du monstre à la fois individuel et collectif. Comment notre « monstre intérieur » réagit-il lorsqu’il est dans un groupe, confronté à d’autres « monstres intérieurs » ? Les artistes posent la question du monstre d’aujourd’hui, qui est-il ? Que nous dit-il sur notre société ?

Peut-être reprennent-ils l’étymologie ambigüe du mot monstre. Du verbe latin  « monstrare » qui signifie montrer, le monstre est donc « ce qui doit être montré » (phénomène de foire). Mais les historiens ne s’accordent pas tous, et une autre étymologie serait possible, du latin « monstrum» qui signifie « prodige, avertissement ». Les monstres font ainsi figures de présage, ce sont des signes qui nécessitent une interprétation. Ils sont ceux qui dénoncent une société pour mieux annoncer l’avenir. Peut-être que le Collectif sous le Manteau laisse une porte ouverte à un regard sur le monde que seuls les monstres sont capables de voir….

A découvrir les 17, 18 et 19 janvier 2019 au Cirque-Théâtre d’Elbeuf

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